Ancienne abbaye Saint-Quentin — Beauvais
On enferme rarement un évêque. En 1092, on en a enfermé un — pour avoir refusé d'assister à un mariage.
Il s'appelait Yves. Il avait été formé au Bec-Hellouin, puis avait pris la tête des chanoines réguliers de Saint-Quentin, à Beauvais, vers 1078. Sous lui, ce cloître devient un des lieux d'étude les plus courus d'Europe. Yves connaît le droit de l'Église mieux que quiconque de son temps.
Le pape Urbain II confirme son élection comme évêque de Chartres. Deux ans plus tard, le roi de France Philippe Ier entreprend de renvoyer sa femme, Berthe, pour épouser Bertrade. Yves examine le dossier et répond que ce mariage ne vaut rien. Il n'ira pas. Un baron des environs, Hugues du Puiset, saisit l'occasion : il met la main sur des terres de l'évêché et fait jeter l'évêque en prison.
Yves en sort. La rumeur publique et le pape l'en tirent, et Urbain II excommunie le roi. Douze ans après, au concile de Beaugency, c'est Yves lui-même qui plaide pour qu'on pardonne enfin à Philippe.
Du cloître où il avait appris à tenir tête, il ne reste presque rien. L'église abbatiale a été démontée presque entièrement ; il en subsiste un mur, celui du XIe siècle.
Le reste a brûlé en 1681, a été rebâti en brique et pierre, vendu comme bien national, puis transformé en manufacture de toiles peintes. Depuis 1824, le bâtiment abrite la préfecture de l'Oise. Le monastère qui a formé l'homme qui disait non au roi est devenu le bureau du représentant de l'État.
Anecdotes
L'incendie de juin 1681 endette les chanoines pour cinquante ans
En juin 1681, un incendie accidentel détruit les cuisines et le réfectoire de l'abbaye et épargne de justesse l'église médiévale. Les chanoines augustins s'endettent pour cinquante ans afin de relever les bâtiments conventuels ; la reconstruction, en brique et pierre, ne s'achève qu'en 1731. — Préfecture de l'Oise
Le livre consacré à l'abbaye ne porte même plus son nom
L'historien beauvaisien Pierre Durvin (1908-1990) a consacré à cette ancienne abbaye un ouvrage entier. Son titre : « Histoire de la Préfecture de l'Oise ». Ce lieu a si complètement disparu derrière sa fonction administrative que son propre livre d'histoire l'appelle par le nom du bureau qui l'occupe. — Gallica (BnF)
Connexions
Galerie
Infos pratiques
- CommuneBeauvais, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection partielle
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
Cette fiche du réseau Villes et Pays d'art et d'histoire détaille les transformations après l'incendie de 1681 : reconstruction des bâtiments conventuels en brique et pierre jusqu'en 1731, puis aménagement d'un parc à l'anglaise en 1829 dont certains arbres subsistent. Elle précise que l'église abbatiale a été démontée presque intégralement — seul un mur du 11e siècle est conservé —, un état de disparition que la notice Mérimée ne détaille pas.
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Le site officiel retrace la fondation par l'évêque Guy en 1064-1067 et le rôle d'Yves de Chartres — formé au Bec-Hellouin — qui fit de Saint-Quentin un centre spirituel renommé en Europe avant sa nomination comme évêque de Chartres en 1091. Il détaille les épreuves de l'abbaye : pillage par Charles le Téméraire en 1472 à l'époque de Jeanne Hachette, puis réforme de 1633 réduisant la communauté à 15 chanoines.
Bien que la notice soit encore incomplète sur ce site, elle confirme la gravure de 1733 représentant l'église abbatiale et détaille les vestiges romans conservés dans la chapelle de l'Abbé : voûtes gothiques tardives, corniches à modillons et fenêtres romanes sans ébrasement — les seuls éléments architecturaux d'origine encore visibles sur le site de la préfecture.
Pierre Durvin (1908-1990) a consacré un ouvrage à l'ancienne abbaye Saint-Quentin de Beauvais, intitulé "Histoire de la Préfecture de l'Oise" : le titre même révèle que les bâtiments abbatiaux ont été réemployés pour devenir le siège de la préfecture du département, une réaffectation peu connue du grand public.
Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
- Encyclopædia Britannica
- Wikipedia (en)
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