Ancienne maladrerie Saint-Lazare, à Voisinlieu — Beauvais
Pour être admis ici, il fallait d'abord mourir. Une cérémonie dans la chapelle déclarait le malade mort pour la société ; il abandonnait tous ses biens et franchissait la porte. De l'autre côté, on lui donnait à manger, des vêtements, un lit et une communauté.
C'est la contradiction sur laquelle l'endroit est bâti. L'évêque-comte de Beauvais fonde la maladrerie à la fin du XIe siècle, hors de la ville — par crainte de la contagion, ce qui est vrai. Mais regardez où, exactement : sur l'axe qui mène à Paris. Pas à l'écart de la route. Dessus. On éloigne les lépreux des habitants et on les place sous les yeux des voyageurs, parce que l'institution vit de ce que les voyageurs donnent. Il fallait qu'on les voie.
Derrière l'enceinte, des religieux, hommes et femmes, tiennent la maison sous l'autorité d'un « Maître ». Quand la lèpre reflue, la peste prend la relève et l'on bâtit, à l'arrière, un enclos pour les pestiférés. Puis la Révolution vend l'ensemble en trois lots, et le lieu devient une ferme — il le restera près de deux siècles.
Onze maladreries ont existé dans le diocèse de Beauvais. Celle-ci est la seule encore debout, et l'une des léproseries les mieux conservées d'Europe.
Sa grange a été charpentée en chêne vers 1220. C'est aujourd'hui une salle de spectacle : on s'assied sous ces poutres pour écouter un concert, dans l'enceinte où l'on entrait mort.
Anecdotes
1939 : le clocher tombe l'année où l'État classe les bâtiments
En 1939, une partie du clocher de la chapelle s'effondre. C'est l'année même où l'église, le dortoir, le réfectoire et la grange sont classés au titre des Monuments historiques — la protection arrive en même temps que la chute. — Maladrerie Saint-Lazare — site officiel
1914-1918 : des régiments cantonnent dans la léproserie
Pendant la Première Guerre mondiale, la ferme qu'était devenue la maladrerie sert de cantonnement à différents régiments : des soldats dorment entre les murs bâtis pour isoler les lépreux, sept siècles plus tôt. — Maladrerie Saint-Lazare — site officiel
Infos pratiques
- CommuneBeauvais, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection totale
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
Cette fiche architecturale décrit la chapelle romane : nef en berceau plein cintre, portail sculpté de chapiteaux à feuilles d'acanthe, corniche beauvaisine et tour-lanterne au-dessus de la croisée. Elle précise le classement MH de 1939 et propose une vingtaine de clichés 1996-1997 puis 2016 documentant l'évolution du bâtiment sur vingt ans, ainsi qu'un relevé de plan.
Lire sur eglisesdeloise.com · 2 photos © Dominique Vermand, angle absent de la photo existante
Le site officiel révèle un usage méconnu du lieu comme casernement pendant la Première Guerre mondiale, entre son passage à l'agriculture après la Révolution et sa reconversion culturelle en 2002. Il décrit la gouvernance médiévale par un « Maître » à la tête d'une communauté religieuse mixte où les malades entrants abandonnaient leurs biens, et signale que la grange à charpente de chêne du XIIIe siècle est devenue salle de spectacle en 2008.
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La charpente de la grange remonte à 1219-1220 et l'édifice fut désaffecté du culte en 1792 à la Révolution, puis classé monument historique en 1939 — année où son clocher s'est effondré. La maladrerie figure parmi les léproseries les mieux conservées d'Europe du Nord, sur une enceinte de trois hectares comprenant logis à fenêtres gothiques, bergerie et bâtiment d'administration.
Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
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