Maison Gréber — Beauvais
Au 63 rue de Calais, un ouvrier tourne un vase. Il est en grès, et il n'a pas bougé depuis 1911. Autour de lui grimpent des salamandres et des feuilles émaillées. Toute la façade est un échantillon de ce que la maison sait cuire : c'est une publicité en dur. De ce qu'elle vantait, il ne reste rien d'autre.
Derrière ce placage se cache une maison à pans de bois et torchis, peut-être du XVIIIe siècle. Un Autrichien s'y installe en 1846, Johann Peter Gréber, sculpteur. Il finit par lâcher la pierre pour la terre, monte deux fours sur place et cède l'affaire à deux de ses fils. C'est l'un d'eux, Charles, qui fait habiller la vieille bâtisse de grès cérame.
Le tourneur de la façade est signé par un troisième frère, Henri, sculpteur lui aussi — mais Henri, lui, est parti pour Paris, où il expose et se fait un nom. Celui qui est parti a taillé le portrait de celui qui reste. Derrière la façade, l'atelier se vide : vingt-huit ouvriers en 1883, trois en 1940.
Le neveu de Charles tient encore la fabrique jusqu'en 1962. Cette année-là, un garagiste rachète la maison et en fait son bureau commercial ; les fours, eux, ont disparu. En 1979, l'État a classé ce qui restait. On lit toujours, gravé dans le grès : « Manufacture de grès artistiques ». Il n'y a plus de manufacture. Il reste une enseigne.
Anecdotes
Le sculpteur du petit ouvrier de la façade était le frère qui avait quitté Beauvais.
Henri Désiré Léon Gréber naît à Beauvais, place de l'Hôtel-de-Ville, le 28 mai 1854, troisième fils de Johann Peter. Ses frères Paul, Charles et Léon restent céramistes ; lui devient sculpteur, élève de Louis Rouillard, d'Antonin Mercié et d'Emmanuel Frémiet, et s'installe tôt à Paris, où il accumule les médailles dans les Salons et les Expositions. C'est pourtant lui qui, en 1911, taille pour la façade de son frère le bas-relief de l'ouvrier au tour. Il meurt à Paris le 4 juin 1941 et repose au cimetière des Batignolles. Son fils, Jacques Gréber, sera architecte-urbaniste. — Inventaire général du patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (dossier IA60001018)
Trente-cinq ans après le garage, la ville a racheté l'usine pour y mettre un musée.
En 1997, la ville de Beauvais rachète l'ancienne manufacture Gréber. Le bâtiment, dont la façade est classée monument historique depuis 1979, abrite alors durant un temps l'Écomusée des Pays de l'Oise. La maison est aujourd'hui propriété de la commune. — Inventaire général du patrimoine culturel, Région Hauts-de-France (dossier IA60001018)
Connexions
Infos pratiques
- CommuneBeauvais, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
La maison a été construite en 1911 à la demande de Charles Gréber, fils du fondateur Johann-Peter, par l'architecte amiénois Maurice Thorel. Le bas-relief en grès blanc représentant un tourneur au travail, qui orne la façade, est l'œuvre du sculpteur Henri Gréber, frère de Charles ; seul le magasin a survécu à la démolition de la manufacture en 1962 et a été classé monument historique en 1979.
Johann Peter Gréber, sculpteur d'origine autrichienne, s'installe dès 1846 au 63 rue de Calais dans un bâtiment à pans de bois avant de basculer vers la céramique en 1866 ; ses fours sont construits en 1868 puis 1870. Ses fils Charles et Paul reprennent l'affaire sous le nom de « Manufacture Céramique de Beauvais », Charles la dirigeant seul de 1905 à 1933 ; la manufacture est récompensée dans plusieurs expositions internationales entre 1878 et 1925.
Lire sur Inventaire général du patrimoine culturel - Région Hauts-de-France
Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
Une correction, une photo, une anecdote sur cette trace ?
Contribuer