Domaine de Chantilly (parc également sur communes d'Avrilly-Saint-Léonard et Vineuil-Saint-Firmin)
Le duc d'Aumale a fait reconstruire le grand château de Chantilly pour cinq millions trois cent soixante mille francs. Le chantier fini, il n'avait plus personne à qui le laisser.
Deux de ses fils étaient morts. Sa femme aussi. Le domaine, lui, n'avait pas été vendu une seule fois depuis 1386 : il passait d'héritier en héritier, des Orgemont aux Montmorency, puis aux Condé, puis à lui. La chaîne s'arrêtait à sa personne.
Alors il donne. En 1886, il lègue le domaine et ses collections à l'Institut de France, dont il est membre depuis quinze ans, et il pose ses conditions : à sa mort le musée sera ouvert au public, sa présentation ne sera pas modifiée, les œuvres ne seront pas prêtées.
La même année, une loi chasse de France les membres des familles ayant régné. Il en est. On le raye des cadres de l'armée ; il écrit au président Grévy que « les grades militaires sont au-dessus de vos atteintes ». Le 14 juillet, le directeur de la Sûreté l'expulse en Belgique.
Un homme blessé déchirerait son testament. Lui fait l'inverse. Le 28 août, il transforme le legs en donation : il garde l'usage du domaine jusqu'à sa mort, mais il ne peut plus revenir sur le don. Le pays qui vient de le mettre dehors ne pourra plus rien lui reprendre, parce qu'il a déjà tout donné.
Il meurt en 1897. Le musée ouvre le 17 avril suivant.
Et voilà pourquoi les salles de Chantilly ne ressemblent à aucun autre musée français : les tableaux y sont accrochés dans un ordre que personne n'a le droit de corriger. Cet ordre est celui d'un homme sans héritier qui, l'année où la République l'a chassé, a donné Chantilly à l'Institut de France.
Anecdotes
L'anecdote que tout le monde connaît, et qu'on ne raconte pas ici : Vatel
En 1671, lors de la réception donnée à Chantilly pour Louis XIV, l'intendant François Vatel se jette sur son épée : la marée commandée pour le repas n'est pas arrivée à l'heure. L'épisode est rapporté par Madame de Sévigné dans une lettre restée célèbre, et il a fait de Vatel le symbole d'une exigence poussée jusqu'à l'absurde. Il n'est pas le récit principal de cette fiche parce qu'il est déjà dans la tête du visiteur — mais il s'est passé ici. — Carnet d'Histoire (lettre de Mme de Sévigné)
La notice officielle du monument tient encore le procès-verbal de deux vols
La fiche patrimoniale du domaine comporte une rubrique « Œuvres volées ». Une nuit d'avril 1989, entre le 17 et le 18, une Diane chasseresse en fonte du Val d'Osne disparaît du parc ; la fiche précise qu'elle n'était pas scellée. Huit mois plus tard, le 12 décembre, c'est un Achille Borghèse de deux mètres, fonte peinte façon pierre, portant le cachet du fondeur et la date de 1902, qui est signalé volé à son tour. Les deux numéros de plainte, déposés à Chantilly puis à Senlis, figurent toujours dans le document officiel. — Base Mérimée — rubrique Observations
Connexions
Galerie
Infos pratiques
- CommuneChantilly, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection totale
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
Le domaine s'est transmis par héritage sans jamais être vendu de 1386 à 1897, passant des Orgemont aux Montmorency puis aux Bourbon-Condé. Saisi comme bien d'émigré le 13 juin 1792 et partiellement vendu sous la Révolution, il fut reconstitué par le duc d'Aumale, qui rebâtit le grand château entre 1875 et 1882 pour 5 360 000 francs avant de léguer l'ensemble à l'Institut de France en 1886 ; le musée Condé ouvrit au public le 17 avril 1898. Le site, classé en 1960, couvre 7 830 hectares sur quinze communes de l'Oise et du Val-d'Oise, avec une fondation soutenue par l'Aga Khan IV depuis 2005.
Ce blog d'histoire rassemble les grandes anecdotes du château : le suicide de François Vatel en 1671, qui se jeta sur son épée quand la marée n'arriva pas à temps pendant les fêtes données pour la cour, et la légende du fantôme de Louise de Budos, censé apparaître à la mort de chaque seigneur du lieu. Il rappelle aussi que le Grand Condé fit de Chantilly un foyer littéraire fréquenté par La Fontaine, Molière et Racine.
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Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
- Wikipédia
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