Domaine du Fayel, château et parc — Le Fayel;Chevrières
Quand les sans-culottes marchent sur Le Fayel, les habitants sortent à leur rencontre. Pas pour se joindre à eux : pour les arrêter. Le château est menacé, et ce sont les villageois qui font barrage. La maison qu'ils défendent est celle où Louis XIV est venu, un jour de septembre 1656, recevoir Christine de Suède — une reine qui venait d'abdiquer.
Les deux guerres du XXe siècle la défigurent. Puis la Gestapo prend son propriétaire : le général de Cossé-Brissac est arrêté à Lyon, en février 1943, et déporté.
À la Libération, le château devient le théâtre d'échauffourées entre Allemands et résistants. Cette fois, ce sont les hommes du Fayel qui manquent d'être fusillés. Quand le général rentre de déportation, il trouve la demeure en piteux état. Il la relève avec les artisans du pays.
Le village et le château sont toujours là, côte à côte. Le petit parc dessine un cœur autour de la maison. Et dans la chapelle, les dalles funéraires des propriétaires se lisent depuis le début du XVIIe siècle — une chapelle rebâtie à l'endroit exact de celle qu'un roi franc avait donnée à des moines normands, il y a treize siècles.
Anecdotes
Le château a été bâti en six ans par un maréchal de France, et il a reçu une reine à peine terminé.
Philippe de La Mothe-Houdancourt, vice-roi de Catalogne et maréchal de France, fait édifier le château de 1650 à 1656 sur les plans de Jacques Bruant : brique à coins de pierre, un corps central et deux ailes en retour. Les travaux s'achèvent l'année même où Louis XIV, sa mère Anne d'Autriche et Mazarin viennent au Fayel, le 16 septembre 1656, recevoir Christine de Suède. La maison neuve accueille une reine qui vient de renoncer à son trône. — Mairie du Fayel (d'après l'abbé Émile Morel, Le château du Fayel et ses seigneurs, 1895)
La chapelle du domaine a treize siècles d'existence et trois destructions derrière elle.
En 693, le roi Childebert III donne la chapelle du Fayel et ses dépendances à l'abbaye de Saint-Wandrille, en Normandie. Les huguenots la détruisent en 1542. Le maréchal de La Mothe-Houdancourt la fait relever un siècle plus tard, et un cimetière clos de murs l'entoure à partir de 1670. Celle que l'on voit aujourd'hui, brique et pierre, a été réédifiée au XIXe siècle — au même endroit que toutes les autres. — Mairie du Fayel (d'après l'abbé Émile Morel, Le château du Fayel et ses seigneurs, 1895)
En 1790, sur soixante-cinq hommes en âge de voter, vingt-quatre faisaient du vin.
Le registre des citoyens actifs de la paroisse, dressé en 1790, dit ce qu'était le village : sur soixante-cinq noms, vingt-quatre vignerons, sept laboureurs, quatre cultivateurs, un berger, deux maçons, deux menuisiers, un maréchal, un cordonnier, un maître d'école. La vigne a disparu. Le hêtre aussi, presque : l'arbre qui a donné son nom au Fayel ne représente plus que trois pour cent des essences de ses deux bois. — Mairie du Fayel (d'après Louis Graves, Précis statistique sur le canton d'Estrées-Saint-Denis, 1832)
Connexions
Infos pratiques
- CommuneLe Fayel;Chevrières, département de l'Oise (60)
- Datation17e siècle
- Protectioninscrit MH partiellement
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
La page communale remonte aux origines du village (fagus, le hêtre ; villa gallo-romaine mise au jour lors des chantiers de l'A1 et du TGV ; chapelle donnée en 693 par Childebert III à l'abbaye de Saint-Wandrille) et raconte la journée du 16 septembre 1656 où Louis XIV, Anne d'Autriche et Mazarin vinrent au château recevoir la reine Christine de Suède. Elle précise que l'édifice, bâti en 1650-1656 pour le maréchal Philippe de La Mothe-Houdancourt sur les plans de Jacques Bruant, fut épargné à la Révolution grâce aux villageois, puis restauré après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale par le général de Cossé-Brissac à son retour de déportation.
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La Société historique attribue le dessin du parc à Le Nôtre, signale le remaniement intérieur du 18e siècle et suit la transmission du domaine des La Mothe-Houdancourt aux d'Héricy puis aux Cossé-Brissac, sans vente depuis l'origine. Elle renvoie aux manuscrits numérisés de J.A.F. Léré (1816) conservés à la bibliothèque de Compiègne, et publie une carte postale du château du milieu du 20e siècle.
Lire sur histoire-compiegne.com (Société historique de Compiègne) · 1 photo · inconnue
L'article précise que l'architecte Jacques Bruant était le demi-frère aîné de Libéral Bruant, concepteur des Invalides, et que le commanditaire Philippe de La Mothe-Houdancourt était maréchal de France et vice-roi de Catalogne. Il souligne que le domaine, inscrit monument historique le 13 janvier 1947, n'a jamais été vendu et reste habité par Édouard de Cossé-Brissac.
Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
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