Château & manoir · Le Plessis-Brion (Oise)

Château — Le Plessis-Brion

RenaissanceXXe siècle📍 Position confirmée
Photo : David Perbost · CC BY-SA 3.0

Le château n'a longtemps eu qu'une porte. Celle du donjon, encadrée de deux colonnes — et sur ces colonnes, taillées dans la pierre, des grenades enflammées. Le maître des lieux ne cachait pas son métier : Jean de Poumereux était grand maître de l'artillerie de François Ier.

Au début du XVIe siècle, il fait bâtir ici, sur les fondations d'une forteresse qui surveillait le passage de l'Oise, une maison qui n'arrive pas à choisir. Les fossés restent. La prison du donjon reste : une pièce ronde au troisième étage, trois fenêtres à barreaux, une porte de chêne percée d'un judas, où l'on enfermait un délinquant vingt-quatre heures avant de l'expédier à Compiègne. Et par-dessus tout cela, l'Italie : une coquille au-dessus de la porte, des torchères, une tête de femme en médaillon sur le pignon sud.

Il en a rapporté mieux. Selon la Société historique de Compiègne, Poumereux aurait ramené d'Italie un médaillon de terre vernissée — un empereur romain, Héliogabale sans doute — attribué à Luca della Robbia. On l'a retrouvé dans les fossés. Il est aujourd'hui scellé au manteau de la cheminée de la bibliothèque, juste sous le portrait de l'artilleur, copié d'après l'original conservé au musée de l'Artillerie.

Il aura fallu quatre siècles pour que le métier revienne chercher son maître. En juillet 1918, un obus tombe sur le donjon et emporte son toit. On l'a remplacé, deux ans plus tard, par la tourelle qu'on voit encore d'en bas.

Anecdotes

Une comédienne devient châtelaine, et laisse un balcon

Selon la Société historique de Compiègne, la comédienne Rose Michèle Raquet épouse au XVIIIe siècle un mousquetaire du roi sans fortune — il lui prête son nom, elle lui apporte son argent — puis, devenue veuve, se remarie avec son propre intendant, Jean Nicolas Matigny de la Boissière. De son passage il reste une chose qu'on voit depuis la cour : vers 1740, elle fait poser au premier étage le balcon en fer forgé de style Louis XV. — Société historique de Compiègne, bulletin n°19 (1929)

Connexions

Jean de Poumereux
A_CONSTRUIT le château (v. 1500)
Rose Michèle Raquet
A_ACQUIS le château par mariage et fait détruire/reconstruire une partie de l'édifice (XVIIIe s.)
Jean Nicolas Matigny de la Boissière
A_FAIT_RECONSTRUIRE une partie du château en tant qu'époux et intendant devenu propriétaire (XVIIIe s.)
Abel Mahieu
A_RESTAURE le château (1920)

Infos pratiques

  • CommuneLe Plessis-Brion, département de l'Oise (60)
  • Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection partielle
  • Localisation📍 Position confirmée

Sources & pour aller plus loin

chateauduplessisbrion.fr (site officiel) · autre

Le site officiel retrace la propriété du domaine par les comtes de Noyon puis par Bernard II de Senlis avant son intégration au domaine royal de Philippe Auguste en 1186. Il révèle qu'« une prison que l'on peut voir encore au haut du donjon » servait à incarcérer les délinquants avant leur transfert à Compiègne, et que les seigneurs bénéficiaient d'un droit de prélèvement de bois de chauffage dans les forêts royales voisines.

Société Historique de Compiègne · institutionnel

La Société historique de Compiègne détaille le mariage de la comédienne Rose Michèle Raquet avec Jean Nicolas Matigny de la Boissière au XVIIIe siècle, qui entraîna d'importantes modifications architecturales, puis les dommages subis par le château en juin 1918. Elle précise aussi que l'église Notre-Dame voisine, datée du XVe siècle, a remplacé une ancienne église Saint-Sulpice.

Persée (Bulletin Monumental, 1930) · autre

Cet article savant de François Deshoulières (1930) souligne la rareté du Plessis-Brion : contrairement à la mode Renaissance qui concentrait les demeures seigneuriales sur les rives de la Loire, ce château fut édifié près de Paris, où son propriétaire de l'époque « se plaît à conserver l'aspect et [l]'entretient avec amour » — un témoignage direct sur l'état de conservation dans l'entre-deux-guerres.

chateau-fort-manoir-chateau.eu · passionné

Ce site spécialisé précise que la restauration majeure après les destructions de 1918 fut menée dès 1920 sous la direction de l'architecte Abel Mahieu, et que le domaine appartient depuis 1762 (achat par Nicolas de Breda) à la lignée qui aboutit à l'actuel propriétaire, le colonel comte de Lageneste. Il précise aussi les horaires de visite estivale (14 juillet-31 août).

Sources & attribution

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