Architecture civile & urbaine · Margny-lès-Compiègne (Oise)

Quai des Déportés, en gare de Compiègne — Margny-lès-Compiègne

XXe siècle📍 Position confirmée
Photo : Captainm · CC BY-SA 3.0

Le 27 mars 1942, le soleil est radieux au-dessus de Compiègne. Sur ce quai, mille cent douze hommes vont monter dans un train. Dix-neuf reviendront.

Le rassemblement a commencé à quatorze heures dans la cour du camp de Royallieu : des hommes debout, leurs ballots à la main. À dix-sept heures, ils reprennent en sens inverse le chemin de leur arrivée, traversent la ville par la rue de Paris et débouchent ici. Cinq cent soixante-cinq autres, partis de Drancy le matin, sont déjà à bord.

Et ce ne sont pas des wagons à bestiaux. Ce sont des voitures de voyageurs, troisième classe. Presque un train ordinaire. Selon Yad Vashem, beaucoup montent avec de l'espoir : fini la crasse, l'entassement, l'inaction, on va enfin travailler. Des dizaines de femmes sont venues jusqu'au quai ; quelques-unes arracheront leur mari au dernier moment. Les autres regardent partir.

Le train entre à Auschwitz trois jours plus tard, à cinq heures trente-trois du matin. C'est le premier convoi de déportation parti du sol français. Tous sont affectés aux travaux forcés et tatoués, du numéro 27533 au numéro 28644. Six semaines après, sept sur dix sont morts.

D'autres convois suivront depuis ce même quai, jusqu'en août 1944. Il n'a rien d'un monument : c'est un quai de gare, en service, avec ses bordures et ses rails. Ce sont des passionnés du chemin de fer qui ont obtenu son classement. Quand un train régional s'y arrête aujourd'hui, il s'arrête là.

Anecdotes

1997 : un homme de la région raconte devant la caméra la marche jusqu'au quai

En juin 1997, France 3 Picardie donne la parole à Roger Lainé. Déporté à Mauthausen à dix-sept ans, convoi du 6 avril 1944, il raconte la marche encadrée du camp de Royallieu au quai, l'attente, puis l'embarquement dans les wagons à bestiaux. Ce même reportage suit la campagne alors menée par l'association picarde Culture, Histoire et Patrimoine Ferroviaire pour faire classer ce quai — classement obtenu quatre ans plus tard. — INA — Fresques Picardie, JT France 3 (23 juin 1997)

1944 : cent par wagon, jusqu'au convoi que le pont détruit arrête

Selon la mairie de Margny-lès-Compiègne, les convois s'accélèrent en 1944 : jusqu'à deux mille personnes à la fois, entassées à cent par wagon à bestiaux, ceux du type « 40 hommes, 8 chevaux ». Le dernier part le 17 août 1944, une fois le pont sur l'Oise détruit. — Mairie de Margny-lès-Compiègne

Connexions

Camp de Royallieu (Frontstalag 122)
camp d'internement d'où partaient les convois vers le quai des Déportés

Infos pratiques

  • CommuneMargny-lès-Compiègne, département de l'Oise (60)
  • Protectionclassé MH
  • Localisation📍 Position confirmée

Sources & pour aller plus loin

mairie-margnylescompiegne.fr · mairie

La mairie détaille la chronologie précise des convois : premiers convois de Juifs les 27 mars et 5 juin 1942 vers Auschwitz, premier convoi de résistants (majoritairement communistes) le 6 juillet 1942, puis accélération en 1944 avec des convois de 2000 personnes voyageant « à 100 par wagon à bestiaux du type 40 hommes et 8 chevaux », jusqu'au dernier convoi du 17 août 1944 après la destruction du pont sur l'Oise.

Société Historique de Compiègne · institutionnel

La Société historique de Compiègne relie le lieu à l'histoire longue de Margny : origine du toponyme dans un domaine gallo-romain, puis capture de Jeanne d'Arc le 23 mai 1430 sur la « prée » marécageuse toute proche, le duc de Bourgogne lui rendant visite le soir même au « château » de Margny — un rapprochement entre deux mémoires historiques distinctes du même territoire, absent de la notice Mérimée.

wagon-deportation.over-blog.fr · passionné

Ce blog de passionné précise que la ligne ferroviaire Compiègne-La Ferté Milon (désaffectée depuis le 1er juillet 1966) servait aux convois de déportation, et documente une photographie du 11 août 1942 montrant Pierre Laval à la gare lors d'un discours sur « la relève », programme d'échange de travailleurs français contre des prisonniers de guerre.

fresques.ina.fr · archives

Un reportage du 20h de France 3 Picardie (23 juin 1997, 3'25) recueille le témoignage de Roger Lainé, déporté à Mauthausen à 17 ans par le convoi du 6 avril 1944, qui décrit la marche encadrée depuis le camp de Royallieu jusqu'au quai puis l'attente avant l'embarquement dans les wagons à bestiaux. Le reportage documente aussi la démarche, alors en cours, de l'association Culture, Histoire et Patrimoine Ferroviaire en Picardie pour faire classer le quai — classement obtenu quatre ans plus tard, le 7 septembre 2001, avant l'inauguration du Mémorial de l'Internement et de la Déportation en 2008.

Sources & attribution

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