Édifice religieux · Morienval (Oise)

Ancien prieuré de Saint-Nicolas de Courson dans la forêt de Compiègne — Morienval

Moyen Âge📍 Position confirmée
Photo : P.poschadel · CC BY-SA 3.0

Dans un mur de maison, au fond d'une gorge abrupte de la forêt de Compiègne, il y a une fenêtre d'église. Un grand arc brisé, de longues colonnettes à chapiteaux réguliers, et sur le côté nord une corniche de feuilles découpées en lobes arrondis. Ce n'est pas un décor rapporté : c'est l'église elle-même, qu'on a transformée en logement.

Elle avait été achevée en 1185. Cette année-là, la comtesse Éléonore de Valois donne aux moines trois muids de blé, à prendre chaque année sur les moulins de Crépy. De quoi tenir des générations. Ils n'ont pas tenu : les religieux se raréfient, et le prieuré finit par passer sous la tutelle de l'abbaye de Marmoutier, près de Tours.

Puis la guerre vient le chercher au fond de sa combe : pendant la Fronde, les troupes de Condé le saccagent. Le coup de grâce, lui, ne vient d'aucun ennemi. En 1787, on démolit l'église ; l'année suivante, ses pierres servent à rebâtir sur place. Le domaine est vendu comme bien national, et l'on abat les murs de l'enclos pour y loger des gardes forestiers.

Ce qui a suivi n'a plus rien de monastique. Les bâtiments ont été loués à des bûcherons. L'église, elle, a été transformée en bâtiment d'habitation. Aujourd'hui, c'est un garde forestier qui y habite. Le grand arc en tiers-point est toujours sur la façade — et il y a quelqu'un derrière.

Anecdotes

On a trouvé ici un bénitier gravé aux armes d'un ordre de chevalerie.

Selon la monographie de P. Lambin conservée à la Bibliothèque nationale de France, on a découvert au prieuré de Courson un bénitier de pierre où sont gravées les armes de l'ordre du Porc-Épic. Cet ordre de chevalerie n'a rien à voir avec des bénédictins vivant au fond d'une forêt : comment son emblème est arrivé sur une vasque d'eau bénite, dans une gorge à l'écart des routes, la monographie ne l'explique pas. — P. Lambin, monographie (Gallica / BnF)

Avant Condé, le prieuré avait déjà été ravagé par les troupes de la Ligue.

Selon la même monographie, le prieuré avait subi, avant le passage des soldats du prince de Condé, les ravages des troupes du duc de Mayenne, chef de la Ligue catholique. Deux armées en deux générations, pour un lieu que son isolement était censé protéger. — P. Lambin, monographie (Gallica / BnF)

Connexions

Éléonore de Valois
comtesse, fit don aux moines de trois muids de blé annuels sur les moulins de Crépy en 1185
Duc de Mayenne
chef de la Ligue catholique, ses troupes ravagent le prieuré à la fin du XVIe siècle pendant les guerres de Religion
Prince de Condé
ses troupes espagnoles pillent et incendient le prieuré pendant la Fronde (années 1650)

Infos pratiques

  • CommuneMorienval, département de l'Oise (60)
  • Protectionclassé MH
  • Localisation📍 Position confirmée

Sources & pour aller plus loin

eglisesdeloise.com · passionné

Le prieuré, fondé au XIIe siècle et rattaché à l'abbaye de Marmoutier dès 1632, a été mis à sac par les troupes de Condé pendant la Fronde puis partiellement démoli en 1787 avant sa vente comme bien national en 1791. La façade occidentale conserve des baies en arc brisé à colonnettes et une corniche à feuilles lobées côté nord, documentées par des clichés de 1994.

Wikipédia FR · wikipedia

L'édifice, désigné à l'origine « Sanctus Nicolaus in Cuisia », aurait succédé à un ermitage bénédictin établi près de l'ancienne chaussée Brunehaut ; un étang y fut creusé en 1545. Depuis le XVIIIe siècle, ses bâtiments ont surtout logé des bûcherons et gardes exploitant la forêt de Compiègne.

Mairie de Morienval · mairie

La commune présente le prieuré comme l'un des trésors architecturaux de son territoire et indique que le Département de l'Oise a financé des travaux d'urgence ainsi que la restauration d'une dépendance aujourd'hui labellisée Gîte de France.

gallica.bnf.fr · archives

La monographie de P. Lambin retrace l'histoire mouvementée du prieuré : rattaché à l'abbaye de Marmoutiers en 1632, il fut pillé et incendié par les troupes espagnoles du prince de Condé et celles du duc de Mayenne, puis transformé en ferme par les Bénédictins ; la chapelle, trop dégradée, fut démolie en 1787, le domaine vendu comme bien national en 1816, et les murs d'enceinte détruits en 1822 pour faire place à des logements de gardes forestiers. Un bénitier en pierre gravé aux armes de l'ordre du Porc-Épic (institué en 1303) y fut découvert.

Sources & attribution

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