Château — Raray
À l'automne 1945, un garçon de huit ans prête sa cour à un film. Yves de La Bédoyère habite le château de Raray ; c'est là qu'il gare ses petites voitures, entre les balustrades et les chiens de pierre. Une équipe de cinéma s'installe et lui prend son terrain de jeu.
À table, il y a la Bête. Jean Marais passe cinq heures par jour au maquillage : dents vernies de noir, crocs ajoutés. On avait d'abord pensé lui mettre une tête de cerf, puis on s'est ravisé — un herbivore ne fait pas peur. Les crocs l'empêchent d'avaler autre chose que des purées et des compotes. Alors, au déjeuner, il refait chaque jour le même geste. « Sa première action, c'était de relever son masque autour de ses lèvres et puis de défaire les deux crocs et de les installer à côté de son verre », raconte l'enfant devenu vieux, cinquante-huit ans plus tard. « Et puis on l'entendait toujours, avec sa merveilleuse voix. Et la conversation pouvait continuer. »
Il y a un second homme masqué à Raray, et celui-là ne joue pas. Jean Cocteau souffre alors de graves affections cutanées, et le moindre projecteur le brûle. Il s'est fabriqué un chapeau doublé de papier noir de photographe, tenu par des épingles à linge, avec deux trous pour les yeux. C'est avec ce chapeau sur la tête qu'il filme une semaine sous la pluie, sans courant, à court de pellicule. « J'ai tourné sous la pluie, sans lumière, avec des torches, du magnésium et les fumées anglaises », écrit-il. « Raray est dans la boîte. »
Les galeries de pierre où marchent Josette Day et Jean Marais, entre chiens de chasse, sangliers et cerfs, sont toujours là. La rue qui borde le château porte le nom de Jean Cocteau.
Anecdotes
Le tournage fini, le laboratoire a rayé les négatifs.
Le pire arrive après. De retour à Paris, Cocteau apprend que le laboratoire a rayé les négatifs du film. « C'est dire que je tremble avant chaque image », note-t-il dans son journal ; par chance, ceux qu'il aime sont épargnés, mais des taches y sont apparues. Il sauve l'essentiel au montage. Le film sort en 1946 : Cannes le boude, le prix Louis-Delluc le couronne. — France 3 Hauts-de-France
Faute de tissu, l'équipe a vidé l'armoire à linge de la propriétaire.
En 1945, le tissu manque comme le reste. Pour tourner une scène de rideaux, l'équipe se sert dans l'armoire à linge de la maîtresse de maison et la vide. Le château, mal entretenu depuis la guerre, avait déjà été choisi pour son abandon : les herbes folles avaient envahi les galeries de chasse, et c'est précisément ce délabrement qui avait décidé Cocteau. — France 3 Hauts-de-France
Connexions
Infos pratiques
- CommuneRaray, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection partielle
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
La fiche du Parc naturel régional remonte à la forteresse primitive établie près de la chaussée Brunehaut, acquise par la famille de Ligny en 1464, puis au logis Renaissance élevé en 1522. Nicolas de Lancy, conseiller des rois Henri IV et Louis XIII, fit sculpter les deux galeries cynégétiques à balustrade qui encadrent la cour, dites uniques en France ; les des Barres démolirent ensuite le château médiéval, et la famille de La Bédoyère, propriétaire actuelle, aménagea un golf dans le parc en 1988.
Lire sur destination.parc-oise-paysdefrance.fr (PNR Oise-Pays de France) · 2 photos © Cyril Badet (galeries cynégétiques, cour) — URLs directes non extraites
L'article raconte le tournage éprouvant des extérieurs de La Belle et la Bête au château, du 21 au 28 septembre 1945 : pluie continuelle, pannes de courant et pénurie de pellicule, tandis que Cocteau, atteint de graves affections cutanées, dut interrompre le film trois semaines pour hospitalisation. Séduit par l'aspect alors délabré du lieu, il écrivit que Raray possédait « le parc le plus bizarre de France » ; le film reçut le prix Louis-Delluc en 1946.
L'INA conserve une fiche-média régionale consacrée au tournage du film de Cocteau au château : archive audiovisuelle exploitable comme ressource iconographique animée sur l'état du domaine dans les années 1940.
Cocteau découvre Raray en 1945 et y filme tous les extérieurs de La Belle et la Bête du 21 au 28 septembre, séduit par les galeries de chasse envahies d'herbes folles qui donnent au lieu une allure fantomatique. Il évoque un tournage éprouvant, « sous la pluie, sans lumière », mené à la torche et à la fumée anglaise ; le film sort en 1946 et reçoit le prix Louis-Delluc.
Ce récit de visite souligne que l'enceinte sculptée, jugée unique en Europe, est précisément l'élément qui a capté l'œil de Cocteau pour son décor. L'auteur relève parmi les sujets d'antiquité une statue de licorne et rapporte des anecdotes de tournage avec Cocteau et Jean Marais transmises par le guide.
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Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
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