Ancien château royal, prieuré Saint-Maurice et mur gallo-romain — Senlis
En mars 1184, à Senlis, une assemblée de prélats et de seigneurs s'apprête à répudier la reine de France. Elle a treize ans. On l'a mariée à dix, elle n'a pas donné d'héritier, et son père s'est rangé du mauvais côté d'une guerre. Elle s'appelle Isabelle de Hainaut. Il lui reste six ans à vivre.
Elle ne plaide pas devant l'assemblée. Elle sort. Pieds nus, habillée en pénitente, elle fait à pied le tour des églises de la ville et prie devant les gens. Le chroniqueur Gilbert de Mons, qui rapporte la scène, écrit que le peuple l'aimait pour son grand cœur et qu'il prit son parti.
Ce n'est pourtant pas la pitié qui la sauve. Les conseillers du roi avancent un autre argument : la dot d'Isabelle, c'est l'Artois — Arras, Bapaume, Saint-Omer —, et répudier la reine, c'est le perdre. Philippe Auguste renonce. On ne saura jamais ce qui a pesé le plus, des pieds nus ou des trois villes.
Trois ans plus tard, elle met au monde le fils qu'on attendait, le futur Louis VIII, et l'Artois entre dans le domaine royal comme le traité de mariage le prévoyait. Puis, le 14 mars 1190, elle accouche de jumeaux. Elle meurt le lendemain, à dix-neuf ans. Les deux garçons ne lui survivent que de quelques jours.
Du château des rois, il reste des ruines : le donjon roman, et sous lui le rempart gallo-romain sur lequel ils avaient posé leurs murs. Les chroniques placent l'assemblée à Senlis ; aucune ne dit dans quelles murailles. La restauration qui s'engage doit commencer par ce rempart, par le donjon, et par ce qu'on appelle la chambre du roi.
Anecdotes
C'est à Senlis qu'on a choisi la dynastie qui allait tenir la France huit siècles.
En 987, après la mort accidentelle de Louis V, dernier roi carolingien, une assemblée de seigneurs réunie à Senlis élit Hugues Capet roi des Francs. C'est l'acte de naissance de la dynastie capétienne. Attention à la chronologie, souvent malmenée localement : le château qu'on voit aujourd'hui est postérieur — la ville de Senlis date le castrum de 1131, la notice Mérimée le château « vers 1120 ». L'assemblée de 987 s'est tenue à Senlis, pas dans ces murs-là. — Ville de Senlis et notice Mérimée PA00114885
Sous le logis, deux étages de caves gothiques sont restés intacts.
Saint Louis fonde au XIIIe siècle, dans l'enceinte du château, un prieuré destiné à recevoir des reliques de saint Maurice et de la légion thébaine, rapportées de l'abbaye d'Agaune, en Suisse. L'église du prieuré a disparu et la chapelle a été démolie vers 1805. Mais sous le logis du prieur subsistent des caves gothiques du XIIIe siècle, sur deux niveaux, restées quasi intactes. La ville a racheté l'ensemble en 1955 ; le logis accueille aujourd'hui le musée de la Vénerie. — Villes et Pays d'art et d'histoire, Hauts-de-France
Connexions
Infos pratiques
- CommuneSenlis, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection partielle
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
Le château royal garde le souvenir de la pénitence d'Isabelle de Hainaut : en 1184, l'épouse de Philippe Auguste parcourut pieds nus les églises de la ville pour échapper à une répudiation. Sélectionné en 2026 comme projet emblématique de la Mission Bern, le castrum bâti dès 1131 sur le rempart gallo-romain du IIIe siècle s'apprête à connaître une restauration d'ampleur.
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Le prieuré Saint-Maurice, fondé en 1262 par Saint Louis dans l'enceinte castrale pour accueillir les reliques de la légion thébaine, conserve ses caves gothiques à deux niveaux du XIIIe siècle quasi intactes sous le logis prieural. Racheté par la ville en 1955, l'ensemble abrite depuis le musée de la Vénerie.
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Un projet d'étudiants de l'Université de Technologie de Compiègne (2015-2017) propose des reconstitutions numériques du prieuré Saint-Maurice, comparant son état au XIIIe siècle — cloître, salle capitulaire et chapelle aujourd'hui disparus — à son état actuel. La chapelle, démolie vers 1805, s'inspirait potentiellement de la Sainte-Chapelle de Paris.
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Le Château royal de Senlis figure parmi les 18 lauréats du Loto du patrimoine 2026, avec une dotation de 300 000 à 500 000 € annoncée pour septembre sur des travaux estimés à 4 millions d'euros. La restauration se déroule en trois phases de 14 mois, débutant par le rempart gallo-romain, le donjon et la chambre du roi, dans le cadre du projet municipal "Voyage au temps des premiers rois de France" engagé depuis 2020.
Lire sur france3-regions.franceinfo.fr · 1 photo © Laurène Godefroy / FTV, vue ruines actuelles
Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
- Wikipédia
- Wikipedia (en)
- ffagh.org
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