Château — Troissereux
En février 1589, le maire de Beauvais demande au duc d'Aumale de s'emparer d'un château de brique et de pierre planté à une lieue de la ville. Le motif tient en une ligne : c'est un refuge de gentilshommes hérétiques.
Il dit vrai. Jean de L'Isle Marivaux, entré dans la seigneurie par son mariage avec Hélène d'Aspremont en 1542, avait introduit le calvinisme sur ses terres et fait de Troissereux un centre de prédication. Son fils Claude tient la même ligne. À Ivry, il se jette avec quelques gentilshommes picards au secours d'Henri IV en difficulté. Puis il écrit aux Beauvaisiens et les supplie de se rallier au roi.
C'est la lettre de trop. Ce qui suit, on le tient de Franck Rolland, seul à avoir étudié ce domaine de près. Le duc de Mayenne commande la Ligue et loge à Beauvais ; il ne supporte pas d'être nargué. Il ne prend pas le château : il prend le village. En 1590, Troissereux est dévasté et ses huguenots massacrés.
Marivaux, lui, continue la guerre. Elle le ruine : il hypothèque ses terres et une rente. La récompense arrive le 7 janvier 1595, au lendemain du sacre d'Henri IV — il figure dans la toute première promotion des chevaliers du Saint-Esprit. Cinq ans après les morts.
Le château est resté, avec ses douves, ses canaux dallés et ses moulins sur le Thérain. L'un d'eux porte encore le nom que personne n'a effacé : le Moulin des Huguenots.
Anecdotes
Palissy décrit un « jardin délectable » dans un livre. Un érudit dit que c'est celui-ci. Le sol n'a jamais rien rendu.
Dans son traité La Recette véritable, le potier huguenot Bernard Palissy décrit un « jardin délectable » qu'il rêve pour de grands seigneurs. Franck Rolland, auteur de la seule étude du domaine, l'identifie au parc de Troissereux. Rien au sol n'est jamais venu le confirmer : le jardin existe dans un livre, et peut-être nulle part ailleurs. Le parc de douze hectares qu'on traverse aujourd'hui, avec son grand canal, lui est toujours attribué. — Franck Rolland, « Une œuvre protestante de la Renaissance »
En 1609, un partage d'héritage entre les six filles du seigneur se termine par un meurtre et une fuite à l'étranger.
Claude de Marivaux meurt en 1598 en laissant six filles. Le partage de la seigneurie oppose Renée, mariée à François de Hallencourt, seigneur de Drosmesnil, à sa sœur Marguerite, dame de Bournonville. Selon l'étude de Franck Rolland, Drosmesnil est tué en 1609 par le valet d'Antoine de Lameth, frère de Bournonville ; effrayés par les conséquences, les meurtriers quittent le pays pour plusieurs années. — Franck Rolland, « Une œuvre protestante de la Renaissance »
La tour de l'escalier s'appelle la Tour du Temps : elle abritait une horloge médiévale classée, dont le mécanisme a été déposé.
L'escalier hélicoïdal de brique monte dans une tour que l'on appelle la Tour du Temps. Elle abritait une horloge médiévale classée au titre des monuments historiques ; le mécanisme n'y est plus et se conserve aujourd'hui dans la chapelle du château. — Wikipédia
Connexions
Galerie
Infos pratiques
- CommuneTroissereux, département de l'Oise (60)
- Protectionclassé MH partiellement;inscrit MH partiellement;protection totale
- Localisation📍 Position confirmée
Sources & pour aller plus loin
Château Renaissance de brique et pierre blanche des XVe-XVIe siècles, attribué à l'architecte Sebastiano Serlio et conçu à l'origine comme un fort protégeant les avant-postes de Beauvais. Sa « Tour du Temps » abrite un escalier hélicoïdal de brique et conservait une horloge médiévale classée, dont le mécanisme est aujourd'hui déposé dans la chapelle ; le parc de 12 hectares, attribué à Bernard Palissy, sert de réserve ornithologique. Classé en 1983, avec des inscriptions complémentaires en 1992 et 2003.
Franck Rolland y publie une étude fouillée, « Une œuvre protestante de la Renaissance », fruit de recherches entamées en 1986 alors que le château, occupé cinquante ans par des collectivités, était très délabré. Il exploite notamment le journal du chevalier de Corberon (1775-1781), la famille Bourrée de Corberon ayant possédé le domaine de 1752 à 1903, et rappelle qu'aucune étude monographique n'existait avant la notice du GEMOB de 1992.
Le site officiel présente un château toujours habité, ouvert aux visites et à la privatisation. Peu de contenu historique, mais il confirme l'ouverture au public et fournit les informations pratiques (visites, événements, réceptions).
Sources & attribution
- Base Mérimée (POP), ministère de la Culture — Licence Ouverte / Open Licence (Etalab)
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